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L’innocence, la naïveté et la maladresse, ces vipérines marâtres qui empoisonnent inéluctablement les pétulances des sans-dons sans maître, domptèrent son aboulie, le cornaquant dans les épanchements de prédilection du myocarde battant la mièvrerie : Vénus, la passion et, pour être pointilleux, les bobos idoines, des leitmotivs souvent saboulés par des laïus d’un tarte rival de ces pièces guindées où recommencent à l’infini les azurs, les clairs-obscurs et les prés verts. Ô, sublimiser jaculations et détresses pour les revivifier, diffuser leur suffusion, que le lecteur s’imprègne d’elle, s’en étourdisse, teste la pâmoison d’une Roxanne devant un tweet calligraphié de Cyrano ! À l’époque, Chvéïk ignorait du Marseillais jusques au nom, mais c’était l’idée. Puis le prélude, un matin, dans la diligence cheminant vers l’athénée : des lexies s’effusèrent et tintinnabulèrent en lui, dans tout son être ! Ne rimaient-elles pas ? Mieux, elles s’agençaient à merveille et, dans la psychose de l’amnésie ou de l’abscission, l’apprenti chantre des Feux de l’Amour languissait après la grille de l’école pour s’isoler et les transcrire :

 

Sans un bruit

Une nuit

Il comprit

Dans son lit

Que pour lui

Les ennuis

Et le gris

C’est fini.

 

Une strophe, d’un jet, la seule qu’il n’eut jamais retouchée. Après les cours, il se hâta de se claustrer dans sa chambre et en son enthousiasme pour achever sa première œuvre. Il venait de plaquer quelque chose d’inédit, un quelque chose qui l’atteignait et qu’il déclamait volontiers, l’exigence alors peu circonduite.

Loin de ces douces conquêtes — ou de ces poignantes ruptures — dont le spectacle ravine par des vals d’allégresse — ou de chagrin — l’asthénie morale la plus intraitable, le texte retraçait une réconciliation, mais pourquoi pas ? Desservi par une arriération adamique objet d’intarissables caquets lors des récréations scolaires, il n’avait pas encore homologué quelconque galanterie, ne songeant, en ses maboulesques onirismes, qu’à l’inattingible schibboleth, cette apothéose qui transsubstantie l’inentamé en étalon : le bisou. Il s’était certes énamouré à mainte reprise de Mesdemoiselles telles et telles ; ses antiques recettes de séduction l’avaient relégué, minable Rock Lee qu’un battement de cils de Sakura empourpre, dans le placard des lourds à éviter.

Cependant, sa production le transporta, comme si, de la sorte tissu par ses méninges, le Verbe lui avait confectionné une vie nouvelle ; — il incorporait l’ardent résolu à visiter sa dulcinée, glanant des iris dans une Paris soudain en fleur, englué par la joie du rabibochage, le tout sans soupçonner que ses carmes ne pastichaient que des séquences et des émotions ravaudées par la bibliothèque rose et les films infectés de fleurbleuïte aiguë, auprès desquels les madrigalesques Oui-Oui, Santa Barbara, Alexandre Jardin et tout le toutim font office de somptuosité racinienne.

Ainsi se découvrit-il le don, celui de majorer sa saison par l’entremise de l’efflorescence artistique, du moins jusqu’à ce que Scepticisme, Désillusion et Désespoir lui eurent planté leurs serres dans le caillou. Doté du deuxième prix de chanson alors qu’il se targuait d’avoir envoyé un poème, il ne se déplaça pas pour le chèque de cinq cents euros. Comment souffrir l’affront ? L’orgueil le convainquit même de la fumisterie du jury et, arrêt préventif contre tout autre déboire — quand son inconscient n’appréhendait que la critique —, il ne griffonna plus que pour sa vade, le tiers comme le quart jaugés inaptes à évaluer sa verve.

 

 

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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