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          Éthan se place, souris dans une poigne, clavier dans l’autre. Chloé le rejoint, se dégante et manipule, elle, deux claviers à la fois. Ils pianotent avec une dextérité insigne ; le cliquetis des touches fuse dans l’air, des lignes tantôt virides tantôt blanches strient les écrans à une vitesse ahurissante, aucun vasouillage, aucun relâche, à spéculer que ces deux-là turbinent en osmose, non seulement avec les machines, mais aussi entre eux. De fois à autre, ils s’échangent adiabatiquement une œillade, une moue sobre et complice, sans que les frétillements névrotiques de leurs doigts se suspendent.

         Ce spectacle perfuse en moi quelque indulgence à leur égard. Assisté-je à l’activité d’authentiques surdoués ? Je vacille : si leur complaisance n’aboutit à rien, pourquoi persévérer ? comment ? Des questions anxiogènes... Tout à coup, Tora se frotte sur mes escarpins. Ces mamours m’attendrissent ; je m’agenouille — larme pour Môssieur Minou. J’endigue les démangeaisons de mes yeux, titille le ventre replet de ce chenapan comblé de mordiller une phalangette.

          Le concert de tapotages s’achève au bout d’une mi-temps de football. S’octroient-ils un répit ? Chloé remet son gant et elle vaque à des agréments électroniques hors de portée. D’une cabriole qui m’interloque, le chaton se rue vers elle. Éthan se détire flegmatique, s’avance pâle, me dépasse détaché, s’empare d’un sachet de chiques, le dépaquette, n’engloutit que les cuberdons, lance le résidu à sa sœur.

           Les joues érubescentes, il pivote face à moi, avec cette outrecuidance mieux enracinée dans ses traits que les follicules de ses poils follets dans son épiderme. J’esquisse un rictus de triomphe lorsqu’il m’annonce avoir prématurément terminé, les résultats obtenus triplement validés. J’extériorise mon impatience avec un air réjoui ; mon entrain s’évanouit au monologue d’Éthan, déroulé comme lu à partir d’un bloc-notes. Plaît-il ? Vous m’étonnez à vous plaindre du jargon informatique, alors que la technocratie déborde notre quotidien : STFW — Google est votre ami !

          Il confirme la suppression totale par un cracker des données liées de près ou de loin à Marie-Françoise de Gingelom, add-on télévisé inclus. Pour les parents, il n’y a aucun conflit avec le datagramme de la fonctionnaire de Laeken. L’avis de recherche à l’endroit de Monsieur Claude Piers, en statut célibataire autant sur le serveur communal que sur le catholique, pollue toujours la Toile. La capture de Monsieur Remington n’a pas engendré une notification, aucun retour, pas un référencement, comme si le détective, victime d’un cut/paste, était stocké hors de l’espace, le collé indéfiniment ajourné. MM. Willems et Thonnard, eux, sont des fakes. Je lui aurais quoté des hoax : ni malfaiteurs, ni ripous, ces intermédiaires sont routés à la SGRS, oui, le Service Général du Renseignement et de la Sécurité. Quant à l’extension étudiante 1.0, rajouté en été à la ressource de reprographie namuroise, pas un octet ne l’atteste, procédures salariales, protocoles patronaux, et cetera. Du reste, elle a été intempestivement zone-transférée en Australie, mieux isolée qu’un câble multipaire avec du datalene, une variante du polypropylène expansé. Zéro entrée douteuse sur les comptes bancaires de l’avocat des Piers et des IDS du camposanto laekenois. Il avait visualisé un transactionnel en ligne via virement virtuel ou RELIT afin de stimuler une émulation d’aliénation, nulle médication, nulle opération susceptibles de désinstaller de la mémoire ciblée, du moins d’après les processus les plus récents en neurologie, les sous-couches du Fingolimod loin d’être maîtrisées, un médicament contre la sclérose en plaques, lequel formaterait les bogues traumatiques et comportementaux configurés par le stress, dysfonctionnement aux antipodes des routines recensées sauf si la beauté et l’intelligence de Madame Piers, telles que je les lui ai ripées, prêtent à déstabiliser de jalousie les copies génétiques du genre faible dont l’insuffisance de la bande passante cérébrale ne les autorise à communiquer que de la médiocrité puisque les requêtes de leur matière grise débouchent mordicus sur l’erreur 404. Il zwanze, que je me détende… Pour clore la session, il admet que la trame se désynchronise d’avec sa conception et d’avec son industrie, Mademoiselle Antonina Kaladjic, la secrétaire suprême, elle aussi effacée ! Les archives de sa réalité se rétrécissent à mon éminent buffer et à un entretien téléphonique qui date d’une semaine. Il se rappelle chaque compression audio de son idiolecte ensorceleur…

Chloé de ponctuer :

— Pervers, pervers !

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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