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... Je cours auprès de Claude, déjà au sol, Monsieur le Président plus démuni qu’un nourrisson confronté à la poigne qui le strangule. Pour le secourir — et venger Môssieur Minou —, je savate cet adversaire ; mes frappes précipitées vides de puissance et de précision ne réussissent pas à le distraire. En quête d’un objet pour l’assommer, je suis ceinturée par deux bras dignes de Conan le Barbare. Je me débats, hurle jusqu’à enrouer mes aigus d’interférences rauques ; le colosse comprime mes côtes sans mollir. De rage, en proie à un éréthisme de forcené, je m’époumone, crache une quinte de toux. Môssieur Minou, en dépit de sa blessure, bondit sur l’ennemi, s’accroche à ses cheveux. D’un geste presque instinctif, je saisis la première chose à ma portée, mon vase préféré, et le fracasse sur l’occiput du Goliath à califourchon sur David. Mes interventions snobées, à court d’idées, je grimpe sur l’imposant tronc et tire le crâne vers l’arrière. L’instant de me demander pourquoi je n’ai pas d’abord aidé mon trésor, le cacochyme est délivré et je suis repoussée sur le canapé. Je lance les commandes du téléviseur, des différents lecteurs, de l’amplificateur, du routeur ; le titan affronte la tempête, comme s’il évoluait sur l’arc-en-ciel de Mon Petit Poney, n’esquive même rien, manque de vigilance qui permet à Claude de le surprendre et de l’étourdir grâce à deux bouteilles d’alcool pulvérisées sur l’os interpariétal suivies d’un crochet à la mâchoire. Un mouvement étonnant, splendide, gâché par la douleur métacarpienne que le héros ne dissimule pas. C’est à ce moment qu’un feulement aigre résonne dans la pièce : Môssieur Minou ricoche sur un mur. Il atterrit debout, queue raide, hirsute, oreilles plaquées, le souffle chuintant la menace. Ce courage exalte mon admiration et décuple ma rancune envers le golgoth victime d’une crise subite d’éternuements. J’en profite pour me ruer vers lui : en trois coups d’escarpin, je lui fracture les genoux, lui aplanis le scrotum. Il fléchit et, son sale faciès au niveau de mes hanches, je le tombe d’un cunéiforme médial sur la tronche pour répéter l’expression de papa. Ma colère ne s’estompe pas : je me déchausse dans la fixation barbare d’empreindre l’embout de mes talons sur le dos au tapis. Claude s’interpose — de quoi se mêle-t-il ? —, recule d’un pas à mon regard furieux, m’instigue à lâcher prise et à parer à l’urgence pour nous escamoter avant le réveil des bandits. Quel rabat-joie avec sa harangue esclave de la raison ! Ce nul ne concevra jamais qu’une victoire a besoin d’être savourée.

Je récupère mon aérosol d’autodéfense, mon sac à main, des petites culottes de rechange, un vibro discret et déplace Môssieur Minou dans son panier de transport. Claude marmonne une critique prudente sur ma misère technologique ; pourquoi m’encombrerais-je d’une tablette ou d’un mini-PC quand je n’utilise mon ordinateur de bureau qu’un bissexte sur deux ? Je me tais : je suis concentrée sur la fermeture de la porte, encore une marotte transmise par maman ! Verrouiller à double tour et chuchoter à trois reprises : un, deux, un deux, un, deux, trois, en cognant, à chaque compte, l’embase vers la droite dans l’espoir aberrant d’une ultime rotation. Claude soupire ; je continue à ne commenter rien, anxieuse pour mon brave chéri.

Nous gagnons la clinique vétérinaire la plus proche où, par bonheur, j’obtiens une consultation avec Laurent, une ancienne relation, de garde cette nuit. Sans se préoccuper des détails, il soigne Môssieur Minou et se propose même de veiller sur lui quelques jours. C’est vrai que Laurent a assisté à ses premières gambades chez moi, c’est lui qui a suggéré de le baptiser Môssieur Minou...

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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