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Quoique avares sur nos dépenses, nous téléphonons à Antonina avec la ligne fixe de l’hôtel. Nos cinq tentatives échouent sur le répondeur, aussi navrées que des S.O.S. sur les jetées de la désolation. Claude détruit le GSM d’Yves, de peur d’être localisé, à l’instar de Sandra Bullock dans The Net. Je ne le contrarie pas, le souhait de m’allonger omniprésent dans ma tête ; la demi-nuit blanche et cette affreuse matinée m’ont exténuée. Claude admet la nécessité de se reposer, sans baisser les lumières toutefois : l’obscurité l’effraye encore, le coucou aux aguets…

 

Bien que je l’aie interrompu sans concessions, il ne m’approche pas, à croire que les événements l’ont châtré. Quoi ? je ne mérite pas l’ombre d’une attaque ? pas même l’amorce d’une timide pulsion à moitié rabougrie par mon aura altière, malhabileté qui apaiserait cette inquiétude héréditaire que j’entretiens avec mes pairs quant à mon sex-appeal ? Au cinéma, ne serait-ce pas le passage obligé de la scène du missionnaire telle que ces messieurs se la projettent dans leurs carcans ithyphalliques, extravagances convoyées par nos talents d’actrice de TMC Charme, comme si mobiliser nos mains sur leur échine, mordiller leurs deltoïdes, suçoter leur lèvre inférieure, leur cou, fuir les piqûres de leur barbe, s’épuiser à maintenir les cuisses assez haut par crainte de l’éjection maladroite, se tortiller pour ne pas suffoquer sous leur bedon, ouïr sans crispation leur haleine et leurs brames de troll, comme si tous ces travaux herculéens déployés pour vaincre notre migraine constituaient les ingrédients impératifs de l’orgasme au féminin ? Moins harassée, je feindrais l’assoupissement, puis collerais mes fesses contre son pubis au moyen de gesticulations subreptices jusqu’à ce que je sente une érection plus ferme et plus insoutenable que le respect interdisant de déranger mon sommeil.

           

Je me lève avec peine, à près de vingt heures. Claude ronflote. Après m’être revigorée avec une douche écossaise, je le secoue, abrupte. Des gargouillis s’échappent de nos estomacs. Nous déboursons nos derniers euros au Mc Donald’s attenant à l’Ibis et attendons minuit, assis sur nos draps aspergés des odeurs conjointes de frite et de hamburger. Pourquoi ne pas agir sur-le-champ, le ciel assez ténébreux ? Claude a lu ou vu trop de polars, imperméable à mon argument pourtant plausible : Remington capturé, qui préjugera notre retour ?

 

Enfin en route, le visage emmitouflé d’un voile à l’image d’une militante islamiste, Claude, le nez quasi sous le volant, nous traversons plusieurs fois ma rue. Nous ne relevons rien de particulier, aucune grosse cylindrée, personne derrière les poteaux ou dans les haies avoisinants. Fière de mon hypothèse, j’insiste pour que nous nous arrêtions devant ma porte. Les truands l’ont verrouillée ; je l’ouvre avec le double d’Yves.

 

Quel carnage ! — je frôle l’infarctus : meubles bousculés, verrerie et vaisselle en morceaux, plantes piétinées, traces de pas, écuelles de Môssieur Minou à l’envers… J’écache par inadvertance l’appareil auditif de Remington, sans doute chu lors de l’échauffourée. Et mon chéri qui ne se montre pas ! Môssieur Minou, Môssieur Minou ! Je m’empare du sac de croquettes, l’agite ; rien ! J’agite plus fort, entends un miaulement veule ; mon adoré surgit de nulle part, boitillant. Le malheureux ! Les brutes l’ont blessé à la patte droite avant. Je le caresse, lui verse à manger, il se régale, engloutit tout d’une traite, s’écarte, hoquette et régurgite le bol alimentaire, accident qui l’incitera à revenir l’ingérer ultérieurement.

 

Je commence à ramasser les ustensiles. Soudain, du salon, Claude me réclame, affolé à la vue de mes clés gisant sur la table. Un atchoum précède ma réaction. Un individu saute des escaliers. Un second arrive du jardin, reniflant sa morve. Les gorilles !

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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