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Prérequis (rubrique Versifier avec MM) :

  1. Notion de Schwa
  2. Compter les syllabes

Pour celles et ceux qui ont assimilé ces deux notions — ce qui est loin d’être gagné, vu le niveau général, miaou ! —, si vous vous trouvez, par le plus grand des hasards, truffe à truffe avec le poème des Fleurs du Mal, la Muse malade, aux éditions du Livre de Poche des années ’90, vous sursauteriez, je l’espère, d’indignation au troisième alexandrin :

L’amateur de glorioles se contentera de crier qu’il y a treize syllabes,  fatuité qui n’exprimera qu’une demi-connaissance  un euphémisme  des notions requises pour lire cet article.

En effet, les syllabes de « réfléchies » n’ont pas à être comptées, puisque ce type de mot, en poésie classique, est totalement proscrit à l’intérieur d’un vers.

Voici l'alexandrin original : Et je vois tour à tour RÉFLÉCHIS sur ton teint.

Enfin, quitte à reprendre Baudelaire, autant le faire jusqu’au bout, n'est-ce pas ?  Aussi le correcteur persiste et signe :

Qui a lu Baudelaire, qui connaît quelque peu sa biographie et son sens du perfectionnisme, ne concevra pas que le Poète ait commis une faute d’orthographe, expression employée par le correcteur et qui me semble aussi prétentieuse que vague dans la mesure où nous sommes précisément confrontés à un mauvais accord et donc une anomalie syntaxique ; ce que nous appellerons davantage un solécisme. Les fortunés qui ont lu mon article sur ce mot se souviendront que je l’ai illustré avec, justement, le vers dont il est ici question, preuve que mes publications n’ont rien de hasardeux — miaou !

Pour bien faire, il eut fallu non pas rectifier, mais maintenir le solécisme, le considérer comme volontaire, et l’expliquer en note, ainsi que dans l’édition de la Pléiade ou dans celle de Garnier Flammarion. La dernière édition des Fleurs du Mal en Livre de Poche ne me contredira pas puisqu'on s'est abstenu d'y reproduire l’initiative malheureuse.

Peut-on faire pis ?

Voyez plutôt :

 

dans :

Ici, on remplace carrément le mot réfléchis par étalant, une correction apparue après la publication du recueil et dont on ignore l'origine. Elle est parfois attribuée à Bainville, ami de Baudelaire, mais nous n'en avons aucune certitude.

Condamnerons-nous Baudelaire pour ce solécisme ?

Je pense qu’il s’agit d’une fausse question, si l’on considère l’œuvre dans son intégralité : le recueil étant un tout insécable, nous ne pouvons juger Baudelaire uniquement sur la Muse malade. Nonobstant, il arrive que le Poète se permette de dépasser la contrainte pour favoriser le fond. D’autres pièces dans les Fleurs du Mal transgressent les règles de la prosodie classique, il serait cependant plus que présomptueux de crier à la maladresse, à la négligence ou à la faute.

Enfin que préférons-nous lire ? Des alexandrins parfaits qui ressemblent davantage à un exercice de style ou de rhétorique, comme les écrit si bien Boileau, ou de la Poésie ? De surcroît, à un certain niveau, les coquilles de rimailleurs se transcendent, chez le Poète, en volition doublée d'un coup de génie. N’est pas Baudelaire qui veut — miaou !

Dernière remarque : l’adjectif réfléchis précédant les substantifs auxquels il se rapporte, je me demande pourquoi Baudelaire n’a pas poussé le solécisme jusqu’au bout en écrivant réfléchi sans le s, forme sans incidence sur le compte des syllabes, le mot suivant commençant pas une consonne. Sans la marque du féminin ET du pluriel, on aurait pu rapprocher la construction à celle du présentatif c’est, que nous laissons souvent au singulier même lorsqu’il introduit des substantifs au pluriel, au prétexte que nous connaissons tous. Si quelqu’un a une réponse à ma question, je partagerai volontiers mon mou d’aujourd’hui – ronron.

 

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Tag(s) : #L’Œil du Chat

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