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Il était une fois, une langue déclinante. Elle s’appelait Latin. Rien qu’avec cette unique donnée, on devine l’histoire à problème, UNE langue que l’on nomme LE Latin, c’est comme si monsieur et madame Sarkozy avaient appelé leur rejeton Ségolène. Pour parfaire les mauvais pronostics, malgré sa superbe passée, ne s’acoquina-t-il point avec LE Vieux François, lui-même affublé d’un genre douteux ? Si vous y réfléchissez un instant, vous remarquerez que toutes les langues portent un nom masculin ; le mariage gay n'est pas qu'un sujet exclusif de l'homme ou de l'actualité contemporaine, miaou ! Et qui parle mariage aujourd'hui, parle divorce, au point que cela en est devenu pléonastique. Résultat du divorce ? On parle de supprimer le latin des bancs d’école. Mais ne nous emportons pas dans des considérations intempestives et revenons à notre histoire.

Monsieur Latin et monsieur Vieux François, à la rédaction de leur contrat de mariage, en défaveur du premier bien entendu — les joies de la sénilité —, s’arrangèrent de moults compromis, comme de l’amuïssement des voyelles. Mais, alors que tous, les avocats et eux-mêmes songeaient à une fin heureuse, surgit le problème de la voyelle maudite, l’E :

— Je n’en démordrai pas, elle doit se prononcer, comme toute voyelle qui se respecte, s’obstina monsieur Latin.

— Tu n’es plus dans le coup. C’est vieux jeu, démodé…

— La modernité n’est qu’une décadence de plus, une prochaine mode passée.

— Toujours à essayer de retrouver un peu de gloire avec des pensées qui semblent profondes… Remets les syllabes sur terre, regarde autour de toi ! Je le clame haut et fort : nous pouvons aller jusqu’à éliminer cette voyelle inutile. Elle est anachronique.

— Non, muette, monsieur, ce n’est pas la même chose.

— Ce n’est qu’une question de temps, elle finira comme toi, morte.

— Très cher, tentez donc de l’élider dans une expression qui comporte au moins trois consommes consécutives. Je vous en prie…

— J’m’l’r'gard'… Voyez ce n’est pas compliqué.

— Si vous voulez jouer, jouons. Très bien, il est abusif de l’appeler l’E muet, qui sous-entend qu’il ne doit jamais être prononcé ; dès lors, appelons-le l’E féminin, en ce sens que cette voyelle est la marque de la féminité, qu’elle ne se prononce pas toujours, qu’elle manque d'attribut viril, mais que parfois, elle s’entend clairement. Vous ne direz jamais : ens’v’liss’ment pour ensevelissement.

— Et pourquoi pas ?

— Votre mauvaise foi ne vous grandit pas…

—Apprenez que cet E pose des problèmes politiques. Pour le bien de la francophonie, le normaliser serait plus sage. Personne n’y entend plus rien de nos jours ! À cause d'elle, les mots subissent de malheureuses altérations selon le lieu, l’origine sociale, la culture, le niveau de langue, l’âge du locuteur, le contexte — comme une lecture soignée ou une déclamation de vers — et je dirais même selon le temps : je gage que notre passivité entraînera des conséquences irréversibles ! Il y en a même, les Belges par exemple, qui allongent la dernière voyelle des  mots finissant avec votre fameux E féminin. J’ai une pensééééé  ou Je te présente mon amiiiiii ; voilà à quel genre d’incongruité vous nous exposez !

L’arrangement n’aboutit à rien, les langues connues pour être très obstinées. En revanche, monsieur Vieux François eût dû parier. En effet, si l’on réfléchissait déjà au Moyen-âge à propos de l’E muet, lequel fut réellement appelé l’E féminin, cette voyelle se vit encore attribuer par la suite de nombreux autres qualificatifs, comme sombre, caduc, sourd, central, instable, résurgent… jusqu’à emprunter, à l’époque des Lumières, un mot hébreu pour le dénommer : le schwa qui signifie rien, vide, néant, un terme employé, à l’origine, pour désigner un son sourd dans d'autres langues, un son bien souvent invisible à l’écrit. Aujourd'hui, les dictionnaires définissent schwa comme le synonyme de l’E muet.

Cette petite histoire pour vous dire que, dans nos futurs billets, nous allons désormais l’appeler schwa, bien que ce mot ne soit pas meilleur que les autres, juste parce qu’il faut que ce site reflète le pédantisme de Chantal.

 

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