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C’est bien la première fois que Chantal ne me morigène pas depuis que j’ai pris l’habitude d’évacuer mes selles en dehors du bac idoine. Elle semble même soulagée. Ce Remington s’exprime mal, certes, mais toujours bien mieux qu’Yves ! Comment peut-elle supporter le second davantage que le premier ? Et voilà, j’aurais dû parier ! Elle explique mon comportement au détective, lequel paraît plus incommodé par la migraine que par l’odeur ambiante. Comme de coutume, elle avance que je ne défèque de la sorte qu’en présence d’un homme. Miaou ! — Je m’esclaffe, bien entendu. Quelle misère : opprimée par le souci constant de logique, Chantal extrapole souvent des théories fantasques à partir d’observations approximatives, un réflexe humain, trop humain. Si je sème quelques étrons quand il y a un étranger à la maison, je ne me retiens pas non plus quand il n’y en a pas. À force de seriner ce mensonge en réponse au faciès étonné des visiteurs, elle a fini par y croire plus dur que fer.

Les premières fois, elle ne s’en était pas inquiétée, ensuite elle m’a emmené chez des vétérinaires qui ont tous demandé si nous avions récemment déménagé avant de conclure sur leur incompétence. C’était à l’époque de sa rupture avec Laurent ; elle vous en a parlé sans le nommer. Souvenez-vous : le petit copain qu’elle essayait d’oublier dans les bras d’un de ces rustres qui, au détriment du bon sens, vouent au football un culte démesuré.

Au fil des mois, elle s’est résignée, convaincue que le départ de Laurent avait affecté mes habitudes, que leur séparation m’avait traumatisé et que depuis, je ne supporte plus de voir un autre homme franchir notre seuil. N’importe quoi ! Comme si les relations humaines me concernaient. J’espère qu’elle comprendra un jour l’absurdité de projeter ses peines et ses frustrations sur un animal.

En compagnon attentionné, j’ai tenté de la raisonner à maintes reprises. En vain… Je me suis pourtant appliqué, feulant mon mécontentement, éjectant les graviers hors du bac ; les raisonnements les plus simples boudent ma maîtresse. Je m’explique, car ils semblent vous bouder aussi. Quand Laurent nous a quittés, Chantal venait de retrouver du travail en tant que secrétaire. Dès sa première augmentation, obtenue dès le premier mois (grâce à ses yeux si j’en crois ses confidences), elle a tenu à fêter l’événement avec faste. Elle s’est ruée au supermarché, m’a acheté des croquettes et de la pâtée de qualité supérieure, acte dont je ne me plaindrai pas, mais en concomitance, elle a changé de marque pour ma litière, une horreur ! Bien que nettement plus chère, celle-ci répand dans mon bac une odeur à faire fuir les mouches de mes déjections. Et je l’apprécie d’autant moins qu’elle reste humide beaucoup plus longtemps que l’ancienne si j’urine. Moi qui bois beaucoup d’eau pour un chat, comment remuer les graviers s’ils collent ? J’ouvre une parenthèse : oui, je bois beaucoup d’eau, plus instruit que la majorité de mes congénères dégénérés qui ignorent que le lait provoque la diarrhée ou encore de ceux, pas moins dégénérés, qui s’abreuvent avec parcimonie et finissent par souffrir d’insuffisance rénale.

Je l’admets, parfois, j’y cours volontiers dans le bac pour éjecter mes matières fécales. Loin d’être étonnant, il y a là une véritable raison, une raison inattingible pour le cerveau de ma maîtresse : tous les premiers du mois, elle lave mon bac de fond en comble et bien évidemment, j’aime à y retourner malgré la piètre qualité de la litière, juste quelques jours, le temps que s’amenuise cette merveilleuse fragrance, ce parfum d’outre-monde, celui de la javel. Miaou !

 

 

Môssieur Minou.


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Tag(s) : #Billets et autres Chatteries du Raminagrobis

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