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Vous avez rencontré ce mot au chapitre III du récit, mais sans doute avez-vous continué votre lecture sans appeler Google à la rescousse, nature humaine oblige. Heureusement que je suis là pour tenter d’élever quelque peu votre niveau de culture — miaou ! — feulement qui signifie je sais, je suis trop bon ! Ce mot ne réclame pas une longue présentation. Ainsi vais-je plutôt l’introduire avec un souvenir de Chantal.

En première année d’humanités inférieures, après les présentations habituelles, le professeur de français langue maternelle attitré à la classe de Chantal commença son cours par l’importance du vocabulaire :

 Maîtriser la langue française revient à transcender la paresse. Quand on communique avec quelqu’un, on cherche à économiser notre salive ou notre encre : on va droit au but. C’est une preuve d’intelligence et cela évite bon nombre de malentendus. Par exemple, ce comportement propre aux élèves voire à l’humanité tout entière, la tendance à reporter au lendemain ce qu'on peut faire le jour même, sachez qu’il existe un substantif pour en parler. Évidemment, vous l’ignorez : c’est la pro-cras-ti-na-tion, s’exalta-t-il en écrivant le mot au tableau. Ainsi nous épargnons-nous d’articuler une longue et pénible phrase en disant avec le dérivé verbal : « les élèves procrastinent » au lieu de « les élèves ont tendance à reporter au lendemain ce qu’ils peuvent faire le jour même ».

— Si procrastination est en effet recensé dans tout bon dictionnaire de la langue française, le dérivé verbal n’est qu’un abus de langage, peut-être inspiré par le verbe italien procrastinare, interrompit Chantal.

— Ah, nous avons une petite futée ! Présentez-vous, jeune fille, que je me souvienne de la lexicologue de l'école.

— Tentez d’intimider une adolescente de douze ans avec de l’ironie facile, quel exemple d’orgueil malséant. Votre leçon, si l’on peut baptiser ainsi cette simagrée, m’apparaît aussi substantielle que la pulvérulence de cette classe.

— Vous l’avez sortie d’un livre, cette phrase ? Comprenez-vous seulement ce qu’elle veut dire ? Au passage, simagrée ne s’emploie qu’au pluriel.

— Sans doute mieux que vous : connaître le mot procrastination est à la portée de n’importe quel rodomont. En revanche, pulvérulence, beaucoup moins. Quant à simagrée, je préfère ne pas vous répliquer : vautrez-vous dans votre ignorance.

 Pulvérulence ? Un mot qui n’existe sûrement pas, tout droit sorti de votre imagination…

— Dans ce contexte, ce substantif désigne la poussière en suspension dans l’air. Si vous ne me croyez pas, allez vérifier.

— Quelle impertinence !

— Je me suis exprimée avec concision, comme vous le suggériez, mais une bonne communication réclame surtout, vous condescendrez à l’argument, un même niveau entre les locuteurs. Je me suis abstenue de préciser d’intelligence afin de ne pas vous navrer davantage…

C’est pour ce genre d’attitude que nous apprécions Chantal, miaou ! Apprenez au passage que pulvérulence désigne aussi l’état de ce qui est pulvérulent, c’est-à-dire quelque chose qui est à l’état de poudre ou encore qui peut y être réduit. Enfin, on utilise également pulvérulent pour dire qu’un fruit est couvert de pruine : une prune pulvérulente — et ne pensez pas mal, primate décérébré !

(Prunes pulvérulentes = prunes couvertes de pruine ; ces prunes ne présentent pas une pulvérulence homogène)

 

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