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         Claude m’est insupportable : Combien attigez-vous de vous biler davantage pour le raminagrobis que pour lui, sa gonzesse ou encore l’asticot agriché par les loquedus poulagas ? Votre ciboulot plombé ne se rebiffa-t-il à cause de ce dada de vioques au point de n’avoir imprimé les tuyaux sur les cyberkeufs quand, sans vous fouler la rate, d’un seul lorgnement, vous y fourrez d’habitude les moindres nyama-nyama ?

J’ai tout retenu, les noms, le courriel, le téléphone, l’adresse à Bruxelles, le numéro de l’immeuble excepté — rare défaillance due à l’angoisse ou à l’ennuyeuse extraversion de Remington —, je me répète même l’ensemble pour m’en assurer, mais je continuerai à mentir jusqu’à ce que le plan pour secourir mon trésor soit établi. Cet être n’est pas qu’un animal domestique, d’ailleurs les félins ne s’asservissent jamais totalement. Bien plus indépendants que ces balourds canidés incapables de satisfaire à leurs besoins seuls, Môssieur Minou incarne le partenaire idéal : protecteur à bon escient, il vit sa vie, ne s’ingère dans la mienne qu’aux repas, où nous nous retrouvons comme un couple ; non, mieux, lui, il m’épargne les détails de sa journée ainsi que les prosaïques et hypocrites questions sur la mienne. Mesdames, laquelle d’entre vous ne subit les logorrhées de son conjoint, ce cher et tendre qui ne tolère pas l’indifférence alors qu’il dédaigne nos paroles, pollution sonore destinée à asphyxier l’inconfort du silence ? Et, en toute franchise, quitte à me divertir un quart d’heure par jour, autant rire des sauts, sursauts et culbutes de Môssieur Minou que d’étouffer sous septante-cinq kilos dans l’espoir d’un orgasme non simulé.

Ma détermination inébranlable, Claude s’incline ; nous agirons à la nuit tombée, une folie, mais Quand l’amour est extrême, il se croit tout permis, n’est-ce pas ? Dans sa lancée de bon samaritain, il lui apparaît judicieux d’instruire Antonina de notre mésaventure, une demoiselle autant futée que ravissante. Cette confirmation de ce que j’ai moi-même constaté ne contribue pas à favoriser ma sympathie pour cette blonde. L’iPhone affiche un écran noir — un sarcasme fuse dans mon esprit, je le contiens. Claude assiège les passants, sollicite leur GSM pour y insérer sa carte SIM, l’instant d’une très brève communication. Sans résultat, la générosité bien loin des trottoirs saint-clausiens. Qui ne fuirait pas accosté de la sorte : Jésus ! Mon bon zig, rappliquez-vous. La mouise pour tuber ! Entre mobinautes de la pomme,… Il n’a pas fini son interpellation une seule fois. Nous ne nous risquons pas à retourner quai Orban.

Sans argent et traquée, l’instinct m’oriente vers la famille, une idée à proscrire selon Claude, qui semble — stupéfiant — avoir décrypté le baragouin de Remington. J’acquiesce et lui demande si certains de ses amis ne nous prêteraient pas main-forte ; il n’en a plus un seul. Avant de s’introduire chez moi, il avait composé les quatre cents numéros de son répertoire et laissé autant de messages vocaux : personne ne s’est jamais manifesté.

Tel un suprême recours, Yves envahit mon champ de réflexion. Au diable la recommandation de Remington ! Sans appui, le découragement nous guette et l’hiver ne tardera pas à nous transformer en bonshommes de neige. Puis, s’il faut sacrifier quelqu’un, autant choisir le moins important. Des yeux doux et Yves se précipitera pour faire son paladin, sigisbée qui se vante d’incarner la Magnanimité.

 

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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