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(...) Des alexandrins ? Encore un qui renie le cheminement de la littérature, le complexe de Baudelaire ancré dans son cœur comme un tænia au fond des intestins. Si je souhaite des sonnets transcendés, autant relire Les Fleurs du Mal. J’aurais dû acquérir le premier ouvrage, Manuscrits Rejetés par la Mer, mais quatre mois de délai pour le réapprovisionnement, à quoi songe l’éditeur ? Ou alors, fort du bouche à oreille électronique mondial, la maison s’inspire des procédés commerciaux crapuleux de quelques enseignes de jeux vidéo, lesquelles ne fournissent pas assez de copies et prétextent la rupture de stock pour engendrer un désir exacerbé par la frustration. Courage, je n’ai pas dépensé dix-sept euros pour maugréer dès la préface.

 

Réaction Hétérogène

 

Je dissous ma pensée en solutés d’orties

Pour noyer mon acide avec le dissolvant

De la morale aqueuse où flotte le couvent

Des Nornes de l’esprit aux faux de pacotilles :

 

Oufti ! Il ne plaisante pas celui-là, c’est pire que mon pire cauchemar ! Soit la notoriété lui a brouillé la tête, soit il a abusé de substances hallucinogènes. Ou les deux. Encore un gribouilleur digne de mépris qui va servir à caler un meuble. Autant me délasser avec Marc Lévy : quitte à s’abrutir, prétendons à l’excellence. Où en étais-je d’ailleurs ? Et puis non, j’ai encore le dernier chef-d’œuvre de David Lambert à voir. J’adore son travail ! Ça, c’est de la poésie ! Certes, en tant que femme, je ne rechigne pas à loucher sur des acteurs qui incarnent des homosexuels, surtout lorsqu’on peut admirer leur nudité et pourquoi pas une belle érection, quelques indignées se déclarent les feuilles de chou.

Mon bon vieux cathodique de quarante kilos allumé, lequel, exempt de la netteté tapageuse de la haute définition, ne transforme pas les films en série d’AB Groupe, je tombe sur Claude. Encore ? Pourquoi affiche-t-on son portrait pour nous communiquer l’enlèvement de son épouse ? Je comprends mieux le défilé d’aujourd’hui… Quel carnaval pour rien ! La faillite arrangée, Pierrot s’établit dans un paradis fiscal et Colombine le suit. Une sacrée comédienne, celle-là : j’ai vraiment cru qu’elle entretenait un dédain réel pour Claude. À notre époque, qui regimbe devant les corvées conjugales au motif de la religion ? Je saisis enfin la raison de son air supérieur… Chantal, mon ingénue, la triangulation de leur rapport relevait d’une machination mathématique : l’adultère innocente Mme Piers, asphyxie les soupçons, la rend même pathétique, trompée et abandonnée par un mari sans scrupules.

Je ne me vexe pas en fait. Tout être est le jouet d’un autre quelque part. Non, je ne me plaindrai pas d’avoir été instrumentalisée ; j’en ai retiré mon contingent de bénéfice en orgasmes et augmentations. Il y a même quelque chose d’enivrant d’être rabaissée à une donnée sur un plan. Écho de la femme-objet en moi qui raille ces partisanes pro-utérus vouées au culte de l’égalité ? Bravo, chères consœurs, bravo pour vos opiniâtres combats : nous nous échinons dans les toilettes, virtuoses de la ventouse, tandis que nos partenaires s’éternisent dans la salle bain. J’ai même déjà surpris Yves avec ma cire épilatoire. Consternation…

      

Le présentateur introduit l’International avec le Président russe, stigmatisé d’en avoir d’énormes ; il faut bien rassurer les Bleus sur leur représentant. C’est le moment de lancer mon disque numérique polyvalent. L’affaire Piers, si affaire il y a, se désagrégera bientôt dans la fosse aux exclusivités. Si moi-même je n’en ai cure, que dire du spectateur moyen, celui-là qui se repaît des couleuvres du JT ? Ouvrir Le Monde ou Le Figaro exhumerait ses carences lexicales, alors, à la place d’affronter sa propre médiocrité en consultant un dictionnaire aux mots exotiques croisés, il se complaît à écouter des journalistes qui, en hérauts du Bon Usage des siècles futurs — Grevisse revu et corrigé par des barbares (encore et toujours ce nivellement par le bas) —, crachent sur le subjonctif, même le présent, dépravent interpeller, apostropher, opportunité, incontournable, etc. dans des acceptions plus qu’abusives, se croient aussi géniaux que Baudelaire pour affaiblir réaliser au sens de se rendre compte et bariolent leurs speech d’anglicismes to be hype. Pour ce point, je m’autorise mêmement quelques libertés, mais je n’ignore pas, moi, les équivalents français. Précision : je n’affirme pas que la presse écrite vise moins à l’effet que l’orale, le rapprochement ne porte que sur la langue. Concédons qu’avec Prolexis, il n’y a aucune qualité à rédiger correctement, licence qui ne coûte rien pour des professionnels ; Papa Noël serait avisé de l’offrir à certains rédacteurs de sudinfo.be et autres blogueurs natifs de Soles sans doute davantage payés à l’article qu’à l’orthographe. Outre le fait de dégénérer pallier en verbe transitif indirect et de s’interdire l’indicatif derrière après que — vanités du gratteur —, ceux-là publient avec des erreurs d’é/er : n’utilisent-ils même pas Works, Word ou OpenOffice ?

 
 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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