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(...) Le générique de fin. Je me suis endormie dès la cinquième minute, une fâcheuse habitude léguée par ma mère, comme cette lubie hystérique de prémunir mon domicile contre fouillis et salissures. De quoi s’interroger sur l’olibrius, Dame Nature ou autre divinité, qui a mis au point la génétique. Je me résigne aux transmissions physiologiques ingrates ; les comportements contestables, non merci ! On a relié mes membres à un organe pourvu des facultés de discernement, de résolution et d’intention, comment consentir à être assujettie par des TOC ? Ce type de réflexion ne me tracasserait pas si je n’avais survolé une récente étude canadienne sur l’existence d’un génome de la récompense chez les chats semi-domestiques (en opposition aux sauvages), génome grâce auquel notre mignon félidé s’apprivoiserait, — une horreur !

Au-delà de ces considérations, quel soulagement de ne pas avoir d’enfant. Je n’assumerais pas que ma progéniture se moquât de mes ronflements réglés aux réverbérations du petit écran. Avec mon père et mon frère cadet Frédéric, nous avions rebaptisé maman Suzanne, du prénom de la panthère dans Le Cerveau, car, lors d’une énième rediffusion estivale, l’une et l’autre avaient échangé une correspondance retentissante, vrombissement contre rugissement. Je n’avais que six ans alors. Aujourd’hui, aux réunions familiales, nous évoquons encore, allègres, ce duo cacophonique, papa très amène quand il s’agit de rire aux dépens de maman.  

Après deux siestes, inutile de courtiser Morphée maintenant. L’idée qu’il faille paramétrer le réveil pour cinq heures et demie m’arrache un gros soupir. Je remets le disque dans son boîtier, éteins le magnétoscope et le poste, folâtre un instant avec Môssieur Minou. Nous montons ensemble à l’étage, où je le brosse soigneusement avant de me doucher.

Le pyjama blanc cassé en polaire revêtu, je redescends, infuse du tilleul, me prélasse et prends une émission en cours, la pâle imitation belge d’On n’est pas couché, programmée le lundi à défaut de rivaliser avec le modèle. En termes d’audience, j’explicite : des flingueurs restent des flingueurs, quel que soit leur calibre. D’accord, j’alimentais un faible pour Zemmour, sensible à son humour, sans calembour. J’ai même acheté son dernier livre, par pulsion nostalgique. Chaque fois que mon regard trébuche sur Le Suicide Français, collé aux Contes à Ninon (ma bibliothèque est rangée selon l’ordre alphabétique des auteurs, ensuite la chronologie de l’œuvre), Zemmour s’enracine dans mon esprit, une expression de son visage pour être exacte, celle qui accuse sa jubilation après un bon trait : ses lèvres tracent un sourire à peine pincé, creusent légèrement les joues et, un peu à la manière de Jacques Villeret dans La Soupe aux Choux, sa tête hoche de gauche à droite comme après son allusion au Napoléon le Petit de Victor Hugo destinée à Lalanne. Je succombe à ce genre d’autosatisfaction, plus que pour le néanmoins sexy Caron qui, bien souvent, transmue l’interruption de parole en figure de rhétorique quand il ne s’égare pas dans ses chiffres. Que le personnage Zemmour d’ONPC me plaise ne sous-entend pas que j’approuve ses opinions. Je ne lirai sûrement jamais son pavé bleu marine, moi dont le cœur se pare d’un chiffon rouge. Certes, ma pensée ondoie bien souvent à la verticale de ce bout de tissu bien lacéré par les ans… ou depuis le premier communiste, mais je m’y cramponne afin de profiter des grèves : un socialiste ne force pas les piquets.

Quel étonnement : l’invité de ce soir est ce fameux Chvéïk ! ...

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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