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                Par bonheur, je ne travaille que la matinée aujourd’hui, sans fourche, l’après-midi pour me rétablir de ce cauchemar. Quoi de pis pour un enseignant que les assistances modèles dignes d’être exposées chez Madame Tussauds ? Les dissipées où se coiffer d’un képi de gendarme épuise au minimum la moitié des cinquante minutes, voilà une vie confortable affranchie de préparations à produire à la maison. Car je préfère me détendre avec d’autres loisirs, moi, que de plagier Le Petit Grevisse (dont l’épithète reflète les ambitions scolaires) afin de le rendre accessible à des adolescents certains que Word maîtrise la syntaxe et l’orthographe à leur place, justification assez recevable quand le traitement de texte ne faut, en général, qu’aux tournures alambiquées, voire précieuses, des mystères pour ces futés incapables de discerner le sujet d’une proposition sans complément.

            Enfin chez moi ! Pourquoi avoir accepté un remplacement dans un coin à ce point éloigné de Saint-Nicolas ? Les factures s’impatientent, hélas… De la centaine d’élèves vus, je n’en ai retenu aucun. À quelle fin ? Je m’en défais mi-janvier : la maligne en arrêt a décidé d’étirer ses vacances de Noël par les deux bouts, l’impunité enhardissant sa dépression. J’espère encore qu’une de mes candidatures posées ci et là me sauvera, à contre-courant de cette paupérisation médiatisée depuis des années encline à nous réduire à un fatalisme bon marché qui nous gave de prétextes pour se repaître de notre suffisance dans la médiocrité : C’est la crise, alors c’est normal de flirter avec la précarité et de payer des taxes à outrance. Mais où se cache mon chéri ? Il m’accueille sur le seuil d’habitude, avec ce trot aérien qui m’attendrit toujours.

— Môssieur Minou ? Chouchou ?

— Emmi l’officine où l’on apprête brouets et lippées.

— Mais que fais-tu sur la table ?

— En ce céleste séjour imprimé d’exquises plaisances, mieux ajusté que jamais, l’étoffe exempte de ptyx, sans octant ni boussole ni même GPS, dessous l’effulgence d’Aphrodite, l’âme en proie à moult rêveries d’alcôve, je m’y en venais, ma mie, vous surprendre afin de vous distraire de l'humeur afférente à la corvée professorale et que vous vous adonnassiez à mon obligeance dont la libéralité réclame votre magnanimité quant à la hardiesse, lorsque lui, là, cet étonnement, cette chimère atrabilaire à l’irréalité de la sauvagerie primesautière…

— Oh, stop ! ne maltraite pas mon chat, répliqué-je, dérangée par la coordination d’afin de et afin que, grammaticalement exacte, mais très laide, l’ellipse n’arrangeant rien.

— Une abomination, pis un pitbull…

— À qui la faute ? Combien de fois devrais-je t’avertir : ne viens pas en mon absence ; tu sais qu’il est dressé pour surveiller...

— Crainte que l’infâme engeance des sorcières me lacérât céans, enrayerais-je subordinément mes pas tant vive que l’ardeur consume la raison ? Cette clef qu’après duplication vous me délivrâtes oncques par estime de moi, pourquoi m’infliger peine de n’en user à mon bel aise ? Parbleu, qui subjugue une bête fauve aux desseins belliqueux ? suspend-il tout en déviant sa longue mèche de cheveux qui lui couvre la joue gauche à moitié.

— Moi. Si ça te gêne, repars. Quant à la clé, il faut vraiment que je t’explique ? À quoi sert de conserver un double chez soi ? Parbleu, comme tu dis… Et commence donc par redescendre de là, tu as l’air idiot. Minou, mon minou, oui, c’est bien, mon chat : tu as mérité une gourmandise, me dérobé-je fatiguée aise au masculin, il se prend pour La Fontaine ?

— Comment que je dédie opiniâtrément ma surérogation à la sublimité de nos oaristys, c’est barbarement et mêmement le fielleux qui, delà la justice, au deçà de l’entendement, le prud’homme affligé au cœur, récolte illec les hommages lez la cruelle…  

— Pour sûr, il a honorablement œuvré, lancé-je influencée par sa logorrhée antique ; —  lez… qui saisit cette préposition guère employée ailleurs que dans les noms de ville ou de région ?

— Tant inouïes que chahutent les flammes en mon estomac, captives de ma bile, bien qu’elles me gâtent en ultième intercession à l’envi de votre cœur pétré moins perméable à la miséricorde qu’un mackintosh aux lavasses, sans ire, je me hasarde à soupirer, malgré que j'en aie, hardi ! que vos errements tâchent jouxte l’inconséquence à désobliger le bon sens.   

— C’est toi qui délire. Évidemment, quand on élève un yorkshire…

— Voire, voire ! Quel venin d’aspic s’insinua en vous par devers votre fiel à l’encontre de mon mignon et moi-même pour que vous vous précipitassiez par ainsi à déblatérer à sus ?

— Des études démontrent que les amis des chats sont dotés d’une intelligence supérieure à ceux des chiens.

— Bédieu, inhumaine ! c’est plus que ne peut en souffrir ma bénignité… Point de hi, point de ha, nonobstant, n’épiçons point l’ire, nenni-da ! Palsambleu, vous me brusquez tellement quellement que j’en tombe en pâmoison… De ma grâce, combien intimément vous idolâtré-je, ma mie, fors ces extrémités en lesquels vous vous complaisez… Ô, quoi qu’il m’en coûte quelque orgueil, dépit que j’en aie, afin d’asphyxier la mèche de la hargnerie, la mesure m’exhorte de vaguer à boucheton d’ici à là, en ces contrées si dépeuplées de votre absence…

— Là, tu te querelles tout seul… Mais fais comme tu veux. Allez, à tantôt !

— Je bée, compendieusement, aux succès futurs, l’allégresse rez terre, jà, mais l’espoir large ouvert.

Lui, c’est Môssieur Minou, mon gracieux chat noir aux yeux pénétrants, deux sphalérites parfaitement rondes d’un jaune teinté d’une gamme subtile de verts tendres...

 

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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