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(...) Il aura au moins entretenu cette délicatesse-là, M. Piers : je n’ai jamais subi que ses éructations orgastiques. Quand j’y songe, un quinquennat à remplir les fonctions d’urinoir séminal et, lui, il s’éclipse sans même une ultime attention. Je n’aime pas ça, moi, les disparitions brutales.

L’adage populaire les mecs d’aujourd’hui n’ont plus de couilles ne me réconforte pas : notre émancipation les a-t-elle émasculés ? Devrais-je faire preuve d’indulgence parce qu’il s’est enfui du pays, destination Brunei ou Îles Marshall, sa magnifique épouse derrière lui livrée au fisc ? Je le sais parce que nos routes ont convergé au bureau lorsque l’huissier est accouru sans pitié pour apposer les scellés. Après les plates questions professionnelles, au moment de l’adieu, du haut de son mètre septante-neuf surélevé par des talons aiguilles hors de prix, gros bonnet en avant, de son pénible sourire fluorescent, elle m’a même remerciée d’avoir pacifié ses nuits. Déconcertée par son omniscience, je n’ai rien répondu d’autant moins que l’arrogante s’est dépêchée de rejoindre son avocat pour couper court à tout développement.

L’idée que Claude se soit joué de moi m’a navrée un instant, mais pourquoi lui en tenir rigueur ? En définitive, hormis le dernier salaire — préjudice auquel je survivrai —, de quoi l’obligerais-je à s’acquitter ? Et j’avoue avoir allègrement profité de ses seize centimètres. Je me réfère à la circonférence, bien entendu, un point de détail pour les ignares qui persistent à s’étendre sur la longueur de leur tige. À votre avis, messieurs, pourquoi préférons-nous le concombre au manche à balai ? Encore et toujours cette intoxication empruntée aux grimoires catholiques du XIXe sur le mariage où la masturbation est accusée de rendre sourd. Ar­gu­men­tum ad ve­re­cun­diam : si l’Église le prêche… Vous l’avez noté, Dieu ne représente pour moi qu’une élaboration arbitraire de l’esprit, une falsification du ciel, du vent en terme clair. Je n’ai pas vraiment le choix : un régendat en français nous gratifie d’une seconde matière et, en fainéante assumée, au détriment du latin, j’ai opté pour la morale laïque, branche du curé sans paroisse qui idolâtre la tolérance, mais pas trop passive. Oui, mes enfants, si on vous marche sur les pieds, souriez ; ne protestez qu’à l’expérience d’une peine atroce.

En humanités inférieures, on s’évertue à inculquer ce qui est bien ou pas avec le raffinement du dressage d’Idéfix par Obélix. À ce stade, les élèves manquent de maturité pour rédiger une dissertation, comme leur présentateur de débat-spectacle, lui qui a successivement échoué en philosophie et en philologie romane pour se convaincre que ce n’est pas si mal de devenir le Socrate des crèches, c’est-à-dire un Morandini doué de verve. Je n’exagère pas : cette sotie où l’activité principale consiste à disposer les bancs en U et à multiplier les rappels à l’ordre ne captive jamais son public parmi lequel les perspicaces se réfugieront en religion dès la rentrée suivante. Vous n’affirmerez pas que ces Snoop Dogg en herbe convertissent leur foi pour muter en Lion quand, après le catéchisme, ils dédient leur soirée au proxénétisme ou à la revente de drogue dans GTA.

La mascarade n’égare pas que les moutons, loin de là, et, faisant fi des croyances, brûle les planches des Maisons les plus dévouées. Les pontifes athées l’ont même poussée jusqu’à improviser une fête, distribution de médaille à l’appui. Objectifs : primo, rapatrier une partie des cupides, ceux-là qui célèbrent la grande communion dans le dessein d’accumuler plus de cadeaux qu’à la petite ; secundo, corrompre cette espèce en voie d’extinction, le petit-d’homme trop naïf pour comprendre que l’abondance précède l’existence, quoi que déroule le programme officiel. En somme, le professeur de morale laïque équivaut à une mise à jour de ce bon vieux Don Camillo, conteur de civisme, bonimenteur et oreille compatissante, à cette différence qu’il confesse ses âneries à un flambeau au lieu d’une croix.

 

Fin du Chapitre I

 

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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