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(...) Je ne lis plus que Tohru Fujisawa[3] et Kozueko Morimito[4], une envolée joviale dans les confins de l’utopie éducationnelle à la sauce nippone. Nommer un gangster dans une classe à problèmes, qui d’autre qu’un Japonais mettrait en scène ce genre d’extravagance ? Et c’est parce qu’il s’agit d’extravagance exotique, que ces distractions m’attendrissent. Imaginez-vous que mon cœur s’enthousiasme au rythme des émotions éprouvées par cette irréductible Nankumi, qu’il s’enchante quand elle s’enchante, qu’il pleure quand elle pleure. Cette dévotion irréaliste envers le moindre de ses cancres m’ébranle même parfois au point qu’une tentation de la calquer me confond. Rien de sérieux (mon inclination originelle ne faiblirait jamais sous une flambée d’adrénaline), nonobstant, la fraîcheur de ces aberrations rocambolesques me transfuse le courage d’endurer cette reprise inopinée. Non pas que mon auditoire s’annonce insupportable, seulement la conscience de me résigner au poste actuel à défaut d’avoir trouvé autre chose.

Devant un curriculum vitae chaotique tel que le mien, aucun DRH ne m’engagerait sous réserve d’apprécier les brunes sans poitrine. Si vous êtes une femme, vous devinez pourquoi je pallie cette défaillance anatomique à genoux, d’autant plus que, pour se racheter, Dame Nature m’a pourvue de beaux yeux d’un vert noisette profond propices à ces regards libidineux qui, une fois lancés en POV style, excitent les hommes comme s’ils étaient encore puceaux.

Vous l’avez observé, avec ou sans irritation —  peu me chaut —, je ne me formalise pas non plus des anglicismes : respirons in extenso l’air qui nous entoure et si throated, gagging ou fisted ne vous évoquent rien, cliquez sur votre navigateur et visitez un site de flux[5] pornographique plutôt que d’escompter en vain les recommandations de l’Académie ou de la commission générale de terminologie et de néologie, le domaine présent sans doute dédaigné par souci de bienséance, ambassadrice de la demi-mesure.

Ne me quémandez pas d’adresses, vous en connaissez les notoires ; l’ennui y accompagne chaque clip, concédons-le, mais le propos porte moins sur le contenu que sur le champ sémantique, n’est-ce pas ? Astuce pour le débauché confiné dans votre sein : avec Chrome — indication montrée par un ancien amant très ouvert sur le sujet et surtout très geek —, l’option nouv. onglet nav. privée vous exemptera de rafraîchir l’historique si vous vous défiez de votre partenaire.

Ô ce n’est pas moi qui vous blâmerai ou dénoncerai, dépitée par ce puritanisme américain qui décrète qu’un orgasme ne se savoure que sous l’influence rébarbative d’un physique disgracieux. Avez-vous visionné Don Jon ? — probablement puisque Scarlett Johansson contribuerait au succès pécuniaire de n’importe quel navet (un conditionnel au lieu d’un indicatif présent, flatterie que je signale deux fois parce que je n’ai pas les moyens de débourser 2500€ pour une vedette qui s’autoproclame marque déposée — aveu qu’Hollywood n’exporte que du marchandisage ? aux dépens du talent et du rêve ?), loin d’une Juliette Binoche pour Sils Maria ou Camille Claudel 1915. Cette précision vaut aussi pour la parenthèse.

En toute franchise, quoique l’introduction prête au délassement, la conclusion pressentie dès le quart d’heure de film nous retranche dans le tréfonds de l’amertume. Si la physiologie masculine me restera à jamais étrangère, comment une verge se raidirait-elle pour la veuve éplorée ? Un vrai pervers, un prisonnier, un prêtre irlandais ou un cadre financier. Et la probité louée par cette pécore… encore plus périmée que le missionnaire pourtant décrié — à juste titre — durant les quatre-vingt-dix minutes. Rien de tel qu’une levrette débridée, un truc sauvage et intense, voisin de l’animal, la fessée en prime, prononciation British, please ; nous discutons de sexe là, pas de minauderies de pucelles ou d’aïeuls. Tant mieux si je ne vois pas le faciès du gaillard qui me chevauche ; avez-vous déjà contemplé la fruition d’un mâle ? Concours de grimaces entre Alien, E.T. et un constipé, — épilepsie, brame, apoplexie en sus, recette absolue pour dévaler les strates du désappointement jusqu’au seuil bourbeux de la détresse érotique.

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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