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(...) Certes, j’admets que de cet exposé succinct, tout objectif s’affiche-t-il, se diffuse un soupçon d’aigreur. Comprenez-moi : un jour, et béni soit ce jour ! dans la salle des professeurs de l’établissement auquel j’avais été affectée pour un intérim de deux mois, je me suis retournée à droite, puis à gauche et, à la croisée de cette édifiante ménagerie, entre les hyènes à lunettes qui ricanent des perles pêchées dans les interrogations et les intarissables soufflets à double âme qui geignent : Je déprime, la question salvatrice m’a illuminée tel un rai divin : désirais-je ressembler à un de ces paillassons de l’État, Arlequin des élèves, punching-ball des parents, le raté par excellence, celui-là qui, hué par tous, œuvre à grandir l’Humanité équipé, pour tout arsenal, d’une craie au blanc moucheté, d’une triple ardoise verdâtre et d’une éponge jaune pipi, symboles respectifs de la pureté, de l’espérance et de la richesse plus décolorés que les aspirations de l’Union africaine ?

La lucidité m’a conduite dans d’autres secteurs d’activité, mais, après une décennie de sursis, me voilà derechef, mes accords du participe passé, mes concordances de temps et mes stencils démodés sur les bras. Pas d’inspiration tardive, non, juste une adversité qui résulte de la conjoncture économique : la faillite de l’entreprise où j’assistais le PDG dans ses tâches administratives et davantage dans l’élimination de ses frustrations sexuelles inhérentes à son commerce charnel conjugal : Mme Marie-Françoise Piers, en parfaite bourgeoise catholique orthodoxe, ne suce pas. Ne jouez pas les prudes en me rectifiant : ne pratique pas la fellation ou, pis, la stimulation buccale, tartufes qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter. J’utilise le bon mot au bon endroit, sans simulacre : Tirer une liqueur, un suc avec les lèvres et à l'aide de l'aspiration[2]. Le contexte ajouterait une connotation péjorative ou vulgaire ? Je mélange les niveaux de langue ? Comme si j’allais renier la complexité du réel en faveur d’une unité apprêtée et si mon discours se réclamait de quelque prétention littéraire…

Que vous vous offusquiez m’amuse à l’instar de ces vieux qui s’acharnent à chercher un cadran sur un ordiphone et vantent la supériorité du télégramme quand leur incapacité d’accommodation explique leur maladresse. Darwin c’est bien, mais d’une lenteur... D’un côté, en Belgique, réjouissons-nous d’avoir dépénalisé l’euthanasie… Ne vous limitez donc pas au premier degré : je suis une femme, avec sa sensibilité, ses contradictions, son caractère de femme et, ne vous en déplaise, aux antipodes de la peste que vous vous figurez. J’ai vécu, peut-être trop… Moi aussi, j’ai souffert de ma naïveté, moi aussi, je me suis payée d’illusions ; combien ai-je vénéré la maïeutique, le constructivisme, le cognitivisme, le behaviorisme ? J’ai prôné Rousseau, encensé Dolto, adoré Vygotsky, Doise and familyBannissons le rapport de force ou d’autorité, créons des liens d’échanges mutuels, et gnagnagna et gnagnagni Dis-moi, mon cher Bisounours, ça te conviendrait aussi un petit doigt dans le cul ? ...

 

Chantal Lemaître, La Cabale des Navets, texte sous copyright, tous droits réservés.

 

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Tag(s) : #Le Récit

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